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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 17:17

viewer.png« Gangs story », photographies de Yan Morvan, récit de Kizo, éditions la Manufacture des livres, 288 pages, 49 euros.

Beaucoup les craignent et beaucoup en parle mais, au fond, peu les connaissent. Ce bel ouvrage nous offre le luxe de nous plonger dans l’univers intime des bandes depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui. Grâce au travail assidu du photographe Yan Morvan, qui n’a jamais cessé de suivre ces personnages hors du commun, on suit l’évolution et les préceptes qui guident les bandes des blousons noirs, des rockers à la cravate-ficelle et aux cheveux gominés, des Hells de Répu, qui s’approprient la culture des bikers américains, reprenant pour certains les croix gammées, ou encore les Fifties, plus violents que les rockers.

 

Mais une bande chasse l’autre. Et dix ans après cette première série de photos, Yan Morvan se rend dans la banlieue parisienne, où naissent de nouveaux gangs, les Blacks Dragoons, les Ducky Boys… Avec cette obsession commune de protéger les quartiers des skinheads et des dealers. Mouvante, l’histoire des bandes est faite d’alliances et de divisions. Les uns se vivent comme des héros éphémères, d’autres se sont donné des missions plus politiques. Mais tous développent leurs propres codes, toujours en opposition et à la marge d’une société qu’ils jugent étriquée et dans laquelle ils ne se reconnaissent pas.

Les images de Yan Morvan sont saisissantes par la sensation de proximité : nous ne regardons pas les bandes, nous sommes parmi elles. Et c’est cette confiance que lui ont accordé ses différents membres qui transparaît ici très nettement. Les uns, affalés sur un fauteuil dans un squat, posent et choisissent leur propre mise en scène. Les autres fixent l’objectif, droit dans les yeux. Et puis, il y a les extérieurs, la vie collective en mouvement dans les rues, dans les trains, dans les fêtes, dans les salles de sport, au milieu des bagarres et des scènes amoureuses. La violence, inhérente à un quotidien qui ne tient qu’à un fil, est elle aussi codifiée, et les photos nous remplissent aussi parfois de gêne. On n’échappe pas à la réalité de cette marginalité assumée. Le livre affronte une histoire de bandes qui, à la fin des années 90, finissent par perdre de vue la raison de leur existence. Ce sont les rivalités entre jeunes des quartiers, dont les mobiles ne concernent plus la défense d’une idéologie mais celle d’un territoire. Cet ouvrage se veut bel objet et œuvre utile comme l’affirme le co-auteur Kizo, ex-membre d’une bande et originaire de la Grande Borne à Grigny : « Puisse l’exemple des anciens et la connaissance de cette histoire commune faire comprendre qu’intégrer une bande peut aussi servir à regrouper les idées de différents membres afin de construire un projet positif, que le vrai ennemi n’est pas la bande rivale, mais bien l’ignorance et l’échec scolaire ».

 

Ixchel Delaporte

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quartierspop - dans Livres
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