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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 09:34

 

A l'occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, la parole à Bacha Zahir, 56 ans, femme de ménage, habitante d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

 

« Quand je suis arrivée en France, j’avais 20 ans. J’ai rejoint mon mari. J’arrivais du Maroc, je ne connaissais personne. C’était très dur. On habitait dans une pièce avec une petite cuisine. J’ai beaucoup pleuré. Très vite, j’ai eu mon premier enfant. Mon mari travaillait comme technicien de surface à Beaubourg, je me suis donc consacrée à mes enfants. J’ai cinq enfants, aujourd’hui, ils sont grands mais j’en ai encore deux à la maison. Quand la plupart des enfants sont partis, j’avais l’impression de m’ennuyer.

Depuis quatorze ans, je travaille comme femme de chambre dans l’hôtellerie. C’est un métier difficile mais c’était le seul que je pouvais faire. Mon mari ne tenait pas trop à ce que je travaille mais pour moi c’était important de gagner mon argent et de savoir que je pouvais être indépendante. Je suis heureuse de voir que mes enfants aient pu faire des études, travaillent et soient indépendants. Je regrette de ne pas avoir fait d’études. Si j’avais eu la chance d’en faire, je ne serai pas femme de chambre. Les filles n’allaient pas à l’école au Maroc, les garçons si. Je trouvais cela injuste. Heureusement les choses ont changé !

Il y a deux ans, j’ai décidé d’apprendre à lire et à écrire le français. Je me sentais handicapée au travail pour écrire les commandes, noter les chambres… J’ai commencé à prendre des cours de français trois fois par semaine avec une association. J’ai été très soutenue dans cette démarche par mes enfants. C’est même ma fille qui m’a inscrite au cours. Pour pouvoir concilier le travail et les cours, je me suis organisée. C’est sûr que ce n’est pas toujours simple de tout faire : les courses, la cuisine, le ménage, le travail et les cours ! Quand je quitte du travail vers 16 heures, je prépare à manger pour mon mari et mes enfants, pour pouvoir aller à mon cours du soir. Heureusement que j’ai ma fille qui m’aide beaucoup. Mais tout le monde aide quand je ne peux pas faire à manger. Mon fils qui a 17 ans se fait à manger tout seul parfois. Mon mari aussi se débrouille.

Quand je rentre du travail, des fois je suis très fatiguée parce que faire le ménage, c’est très physique. On sollicite beaucoup les bras pour laver, faire les lits, changer les couettes. Alors il m’arrive parfois de rater des cours. Mais j’ai quand même progressé. Je travaille l’alphabet, j’arrive à écrire mais pas tous les mots. C’est une langue difficile ! Mes enfants me parlent en français pour m’aider à progresser. Je n’ai pas la nationalité française mais j’aimerais bien faire ma demande. Je vis ici, mes enfants et mes petits-enfants vivent ici, alors c’est vrai que j’aimerais bien pouvoir voter, un jour, ici. »

 

Propos recueillis par Ixchel Delaporte

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