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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 21:39

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Dans les trois grands ensembles de Corbeil-Essonnes, 40 % des habitants ont moins de vingt-cinq ans. Réunis à l'initiative du conseiller général Bruno Piriou, une quinzaine d'entre eux confrontent leurs conceptions de la politique et pointent le manque de réponses aux problèmes des quartiers. Témoignages.

 

 

  

La politique n'est pas un gros mot. Mais les jeunes préfèrent la tenir à distance. Ils préfèrent prévenir qu'ils se méfient surtout de la politique politicienne, celle des mots creux et des phrases toutes faites. Si l'exercice est peu fréquent, la quinzaine de jeunes originaires de différents quartiers de Corbeil-Essonnes, se sont vite pris au jeu. Réunis à l'initiative de Bruno Piriou, conseiller général (PCF) de l'Essonne et d'Ulysse Rabaté, jeune candidat du Front de Gauche pour la première circonscription de l'Essonne (Evry-Corbeil) aux élections législatives, ces jeunes  âgés entre 20 et 30 ans ont accepté de confronter leurs points de vue de leur rapport à la politique et à leur statut de citoyen français. La question, il est vrai, n'est pas dénuée de contexte. La campagne présidentielle bat son plein. Et les configurations politiques ne sont pas les mêmes qu'en 2007. La moitié des jeunes n'avaient pas, il y a cinq ans, le droit de vote. Ils glisseront leur premier bulletin dans l'urne le 22 avril prochain. C'est le cas de Mickaël, 23 ans, étudiant en Master d'enseignement à Etiolles. C'est aussi un tout nouveau militant du Parti communiste. "J'ai adhéré en octobre dernier parce que j'ai été choqué par les agissements de Nicolas Sarkozy qui donne tout aux plus riches. Mes parents ne parlaient pas de politique. Alors j'ai mis du temps à entrer en politique. Aujourd'hui, pour moi, Mélanchon représente le peuple. Oui il est radical et oui il exige une égalité sociale. Ca me parle."  Caroline rebondit immédiatement. Cette jeune femme de 25 ans est institutrice à Corbeil-Essonnes. Elle ne se défnint pas comme une militante à l'inverse de son compagnon, très engagé au Parti Socialiste. Mais admet avoir hérité une éducation politique de ses parents. De là à s'engager... "C'est difficile de faire la démarche seul, s'engager oui mais comment ? Et puis, est-ce qu'on n'en demande pas trop, est-ce qu'on est trop utopique ?"

Le problème, pour Badis, jeune entrerpeneur de 28 ans issu du quartier Rive Droite à Corbeil, ce ne sont pas les aspirations des jeunes mais plutôt le manque de réponses des politiques. Et il ne mâche pas ses mots : "La politique, c'est censé apporter des solutions. En banlieue, ça fait quarante ans que les politiques se foutent des gens qui y vivent, à droite comme à gauche. Pourtant, ce sont des citoyens qui payent des impôts. Mais leurs conditions de vie ne se sont pas améliorées. J'ai un copain qui, avec un bac+5, s'est retrouvé au chômage. Que proposent les politiques pour qu'on ait des vies meilleures ? ", s'emporte-t-il. Elsa partage cet avis mais semble moins pessimiste. Le vote, c'est une arme pour cette étudiante de 22 ans en coopération internationale. "J'ai des amis qui vivent aux Tarterêts et chez eux, on ne parle pas de politique. Si on veut faire changer les choses, ça ne se fera pas d'un seul coup. Si on ne participe pas, si on ne vote pas, on ne peut pas se plaindre ensuite d'avoir été berné." Et de prendre pour exemple la proposition du droit de vote des étrangers que la gauche n'a finalement pas mise en place en 1981. "La question, c'est aussi de se sentir français. Si on permettait aux étrangers de voter aux municipales, ils se sentiraient plus impliqués. Ca changerait des choses". Ilefe est une habitante des Tarterêts. Etudiante en 3ème année d'administration, son raisonnement est pragmatique : " Sarkozy a dit qu'il allait changer les choses. Et il l'a fait. Il a atteint 80% de ses objectifs qu'on aime ou pas. Son bouclier fiscal, il l'a fait, sa réforme des universités, les privatisations aussi... Nos parents n'ont pas eu le droit de vote et pour certains ne l'ont toujours pas. Nous l'avons mais nous ne savons pas forcément vers qui se tourner. Aujourd'hui, il nous faudrait surtout un président qui nous ressemble".

 

Une mise en cause de la rénovation urbaine

 

Dans une récente enquête Viavoice-Libération-Animafac, 63% des jeunes interrogés ne s'estiment pas pris en compte dans cette campagne. Un chiffre conforté par les réactions de la plupart des jeunes présents. Tous, quels que soient leurs aspirations politiques ou leur éducation, ont réflechi aux raisons d'un désaffection des jeunes pour la politique classique. Pour Nicolas, 21 ans, étudiant en première année de Master en école de commerce, l'incompréhension entre les politiques et la jeunesse est totale : "Sarkozy a peut-être atteint ses objectifs mais la question qu'il faut se poser c'est s'ils ont eu un impact positif sur la population. J'ai l'impression que beaucoup ne comprennent pas ce que se dit et ne croient plus en les politiques ". "Sur le bilan Sarkozy, parlons-en !" Un jeune animateur socio-culturel prend la parole. La rénovation urbaine engagée depuis plusieurs années dans les quartiers populaires est un bon exemple : "On détruit des quartiers entiers et on traumatise des milliers de gens. D'un coup, on rase votre quartier qui disparaît de la surface de la terre. Mais les gens n'ont pas les moyens de s'opposer. Une chose c'est d'être mieux logé, autre chose c'est de fabriquer encore plus d'individualisme." Mourade est technicien en CDD à la mairie. Il a grandi à Monconseil, un des quartiers populaires de Corbeil concerné par la rénovation urbaine. Il abonde dans le sens de l'animateur : " Ca me dégoûte de voir mon quartier dans cet état. Il faut voir le niveau des charges qui a augmenté. Avant, on se connaissait tous, il y avait un service jeunesse et culturel. Les bâtiments n'ont plus d'âme, il n'y a plus que des résidences privées barricadées", déplore-t-il. Le cercle reste vicieux : les charges augmentent, pas le salaires. "Les familles s'endettent et retour à la case départ." Elsa, l'étudiante en coopération internationale acquiesse. Une tour démolie ne change rien aux conditions de vie. "Il faut remettre de la culture dans ces quartiers." Eugénie, 21 ans, suit une formation d'assistante sociale. Elle s'indigne de situations sociales terribles, "presque pas inimaginables". Pour elle, faire de la politique c'est s'engager autour de candidats qui veulent changer ces situations. "C'est ce que je vois dans le programme du Front de Gauche. Prendre l'argent aux riches, pourquoi pas. Je n'en peux plus du décalage immense qu'il y a entre les pauvres et les riches."

 

64 % des jeunes pour un changement de modèle économique

 

Sur ce système économique plus qu'inégalitaire, que peut la gauche ? Dans le sondage réalisé par Viavoice, un deuxième chiffre saute aux yeux : 64% des jeunes se prononcent pour un changement de modèle économique. Rien de moins. Ce sentiment d'une économie à deux vitesses est nettement partagé, même si certains expriment des scrupules à "prendre aux riches". Ce n'est pas le cas de Mourad : " Oui, taxer les riches ça me paraît juste. Ce ne sont pas des paroles en l'air. Il faut changer les règles du système financier". D'autres comme Nicolas ou Elsa s'interrogent sur la faisabilité des propositions économiques du leader du Front de Gauche. "C'est bien beau le Smic à 1700 euros mais je ne vois pas bien comment il va financer tout cela", lance l'étudiante en coopération internationale. Georges, l'animateur-graffeur, tient à préciser que la France est la 5ème puissance mondiale et que la France, comme les autrs pays d'Europe consomment et vivent sur le dos des pays pauvres et pourtant bien plus riches que nous en matières premières. "On vit dans une surconsommation indécente qui devrait nous interpeller. La terre n'est pas inépuisable."

D'autant que ces richesses, même en Europe, tout le monde n'en profite pas. "On nous répète que c'est la crise, qu'il faut faire des efforts et en face il y a Total et les banques qui font des bénéfices de fou." Partager les richesses : l'idée communiste fait son chemin. Et Georges de lancer : "Pourquoi le communisme ne fait plus recette ? Parce qu'on ne connaît pas l'histoire des luttes sociales pour les droits. On ne connaît pas notre histoire. Il faut se la réapproprier. Mais il faut aussi respecter les croyances de chacun. Quand il y a des crises, les gens ont besoin de retrouver des valeurs, et si la politique ne répond pas, c'est la religion qui le fait. Mais ce n'est pas forcément mauvais. Je trouve ignoble qu'on stigmatise en permanence les musulmans. On a tous grandi dans le multiculturalisme et l'Islam ne pose problème à personne".

 

"Nous avons grandi dans le multiculturalisme"

 

Pour Lucie, restée jusque-là silencieuse, sa génération ne pose pas l'Islam comme un "problème" : "J'ai grandi avec des jeunes issus de l'immigration. La question ne se pose même pas. Pour moi, les sorties des poiltiques sur cette religion sont plutôt un écran de fumée pour éviter de parler des vraies questions". Mais Mourad explique que la religion est aussi un thème qui divise de l'intérieur. "On n'est pas tous d'accord entre musulmans, il ne faut pas croire que c'est simple de notre côté". Sur ce point et plus largement sur les banlieues, Elsa juge le Front de Gauche "à côté de la plaque": "Si Mélenchon défendait un peu plus les banlieues, il gagnerait plein de votes", assure-t-elle. N'empêche, poursuit Eugénie, la future assistante sociale, Mélenchon est le seul à parler de la réalité des gens. "Les hommes politiques ne sont pas sur le terrain. Ils n'écoutent pas. Mélenchon écoute et donne des propositions concrètes. Il est peut-être utopique dans ses idées mais si on se résigne et qu'on n'a pas d'espoir, on ne peut plus avancer."

Réda, jeune étudiant à la Sorbonne, débarque de Paris. Le débat touche à sa fin alors il ira à l'essentiel : "Moi je le dis tranquillement. Je vais voter pour Mélenchon. Si on a une vision humaine de la société, on est à gauche. Je suis fils d'immigrés et je suis pour le partage des richesses. Je me reconnais dans les valeurs qu'il porte, comme le non au referundum sur la consitution. Pour moi, le vote utile, c'est le vote de gauche et c'est Mélenchon".

 

Ixchel Delaporte

photo Pierre Pytkowicz

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