Partager l'article ! Le maire de Neuilly-sur-Seine a refusé d'accueillir les commémorations du 17 octobre 61: Sept villes de la boucle Nord ouest de la Seine&n ...
Sept villes de la boucle Nord ouest de la Seine ont commémoré, lundi dernier, les massacres du 17 octobre 1961. Neuilly-sur-Seine a refusé d'y participer.
Plusieurs drapeaux algériens flottaient lundi dernier sur l’esplanade de la Défense. Il est 17 h 30. Les employés, quittant leurs bureaux, passent interloqués devant quelques trois cent personnes rassemblées pour commémorer le massacre des manifestants du 17 octobre 1961. C’est que l’événement est inédit. Pour la première fois depuis cinquante ans, les maires de six villes des Hauts-de-Seine et une du Val d'Oise (Asnières, Argenteuil, Bezons, Clichy-la-Garenne, Colombes, Gennevilliers et Nanterre) étaient réunis. Inédit aussi car ce rassemblement a eu lieu malgré la polémique suscitée par le refus du maire de Neuilly, Jean-Christophe Fromantin (DVD) d’accueillir la manifestation sur le Pont de Neuilly. Le président du conseil général des Hauts-de-Seine Patrick Devedjian a pour sa part refusé la pose d'une plaque commémorative sur le pont de Bezons. Dans une lettre datée du 20 septembre adressée au maire de Colombes (PS), le maire de Neuilly n’hésite pas à fustiger la tenue d’une commémoration : « Par votre démarche, vous faites ressurgir le souvenir d’une période extrêmement troublée durant laquelle notre pays était en guerre, générant ainsi des tension et violences qui ont fait de nombreuses victimes parmi les deux pays belligérants (…) Ma commune n’a jamais été associée à ce terrible événement du passé » (lettre originale ci-dessous). Pourtant, le pont de Bezons comme le pont de Neuilly sont les points de départ de près de 10 000 algériens habitants de la boucle nord des Hauts-de-Seine vers la manifestation parisienne du 17 octobre.
Au-delà des réticences, des dénis et des négationnismes de tous poils, le rassemblement a bien eu lieu et a permis le dépôt de gerbes et des prises de parole officielles réclamant la reconnaissance par l’Etat de ces massacres. Le ministre des Algériens de l’étranger, Halim Benatallah, a rendu hommage aux « martyrs tombés au champ d’honneur des droits de l’homme », se réjouissant du « message adressé au peuple algérien ». « Les communes que vous représentez sont celles où se trouvaient 40 % de notre communauté algérienne et où s’est écrit une page de notre indépendance nationale.» Patrick Jarry, maire (PS) de Nanterre, a pour sa part rappelé le contexte du massacre et « la répression d’une violence inouïe », des événements qui restent encore tabous cinquante ans après. « Il est temps qu’un acte fort soit fait par les plus hauts sommets de l’Etat ; il est temps que la responsabilité de l’Etat soit reconnue. Ce sont les villes de banlieues et les enfants héritiers de cette histoire qui en souffrent le plus.»
Dernière prise de parole celle du maire de Colombes Philippe Sarre pour qui ce rassemblement collectif était un réel « pari ». « La manifestation de masse du 17 octobre exigeait la dignité. Ces hommes et ces femmes ont été réprimés brutalement. Mais personne ne l’a su. L’oubli qui a frappé a commencé sous la forme d’une censure. Le 17 octobre 61 a été oublié au même titre que les crimes commis pendant la guerre d’Algérie par l’armée française. Cinquante ans après, la vérité est en marche », s’est-il exclamé sous les applaudissements. « Cette occasion de nous retrouver doit servir à éviter que de telles horreurs ne se reproduisent plus. Ayons le courage de transmettre cette histoire aux nouvelles générations ». Et de conclure sur la nécessité d’ouvrir les archives aux historiens pour que « la vérité soit définitivement rétablie et que l’année 2012 soit celle de la reconnaissance par le pouvoir français de ces massacres ».
Les élus se sont ensuite dirigés vers le Pont de Neuilly pour jeter à la Seine les gerbes de fleurs sous le regard ému de centaines de personnes.
Ixchel Delaporte
photo : François Collet
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