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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 21:01

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« Nous avons décidé de créer à la rentrée prochaine des structures d'un type nouveau (…). Tout ce qu'il y a de plus moderne. Tout ce qu'il y a de plus nouveau, une grande rupture, le goût de l'effort, le respect de l'autorité, l'apprentissage de la règle ». Le 5 mai dernier, Nicolas Sarkozy annonçait la création d’une dizaine d’établissements de réinsertion scolaire pour « jeunes perturbateurs, incontrôlables, n'ayant déjà plus aucune limite ». Avec le risque élevé de les stigmatiser et de les ghettoïser encore davantage. A l’opposé d’une telle démarche : celle des ateliers-relais. Le dispositif relais (421 en France) existe depuis dix ans. Il permet à environ 7850 élèves en France par an, collégiens et lycéens en situation de décrochage (retards, absencess non justifiées, passivité face aux apprentissages ou perturbation), de réintégrer le système classique. Par petits groupes de cinq, les jeunes sont accueillis en atelier-relais par une équipe pédagogique de deux prof des écoles, pendant neuf semaines.

 

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Répétition slam avant le spectacle devant profs et parents

 

La fin d’année scolaire approche. Nous assistons aux dernières sessions de l’atelier-relais de Tremblay-en-France. Face à la slameuse Rim et aux professeurs, Lamine, Jason, Kellian, Mahmadou et Féthi prennent la pause et scandent leurs textes. Ils peaufinent la mise en scène du récit de l’aventure des « cinq cavaliers » : « Partout où ils passaient, ils semaient la terreur / Même dans les autres pays les empereurs avaient peur/ Les 5 psychos / s’étaient mis tout le monde à dos/ Même s’ils n’étaient que des ados / c’était pour eux la tolérance zéro ! ». Le dernier jour, ils présenteront ce spectacle aux parents, aux tuteurs et aux enseignants, en plus des textes individuels, grâce auxquels ils ont pu aborder différents genres littéraires. La raison principale de leur présence dans cet atelier-relais ? Tous la résument en une simple  phrase : « J’ai fait des bêtises ». Intégrer un atelier-relais relève d’une décision collective. D’ailleurs, Laure Leon y Barella ne dit jamais « je ». Depuis trois ans, cette jeune professeure des écoles spécialisée pour les ados en grande difficulté scolaire coordonne énergiquement l’atelier-relais de Tremblay-en France. Avec une autre professeure, Magali Dauba et un assistant d’éducation Jocelyn Ounounou, elle accueille ces cinq élèves, venus des collèges environnants, Villepinte, Tremblay-en-France, Clichy-sous-Bois ou Montfermeil. « On détecte les élèves avec les professeurs et les chefs d’établissements, détaille Laure Leon y Barella. On prend en compte l’âge, le profil, la situation familiale. Le collège commence par remplir un dossier soumis à une commission de l’inspection académique ». Ce n’est pas une injonction. L’élève est libre de tenter l’expérience ou non. Le tuteur, un des professeurs de l’établissement d’origine, se charge de faire le lien avec l’élève et de suivre sa progression pour qu’il réintègre son collège « dans les meilleures conditions ». Laure Sozza est professeure d’espagnol. Tutrice de Kellian, elle conçoit les ateliers-relais comme « un dernier recours  indispensable. La collaboration avec l’équipe des ateliers nous redonne aussi de l’espoir et de la motivation. Lorsque l’élève part en atelier-relais, ça nous permet de souffler. L’équipe éducative est à bout de nerfs donc ça permet de prendre du recul ». Pour cette prof principale, il y aurait maintes leçons à tirer de ce dispositif. Dans le même temps, elle souligne que les conditions idéales qui permettent une prise en charge individualisée ne sont pas celles du collège « où nous devons faire face à des classes surchargées ». Malgré des progrès réalisés par les élèves au contact des ateliers, elle remarque la fragilité du comportement. Parfois les conditions familiales et sociales finissent par déstabiliser les jeunes et priment sur les efforts déployés par l’atelier-relais. « Et ça, nous n’y pouvons rien », tranche-t-elle.

 

img 2877 L'objectif : se réconcilier avec l'école

 

Les séances de slam sont une des activités proposées par l’atelier-relais, en plus des cours de français, anglais, maths, histoire-géographie. Pendant deux mois, l’épique s’efforce de proposer un cadre, en matière d’apprentissage scolaire, le plus complet possible. D’abord, les habitudes de travail. « On amène de la rigueur. Selon les groupes, certaines séances peuvent être plus scolaires que d’autres. Et en général, on retrouve au moins un enfant surdoué par session, d’autres par contre relèvent de la SEGPA et ayant de grosses difficultés d’apprentissage », poursuit la coordinatrice. L’atelier-relais se situe dans les locaux du Bureau d’information jeunesse de la ville. Au premier étage, deux salles leur sont attribuées. D’un côté, des tables disposées au centre, une série d’ordinateurs, du matériel et des jeux. De l’autre, un bureau destiné aux professeurs. C’est aussi là que chaque élève fait le bilan de sa journée à 16 heures. Lamine sort machinalement le « lutin » de son cartable. Un carnet plastifié où se retrouvent les fiches d’évaluation et le contrat de suivi. Exit les notes, « puisque l’objectif est de se réconcilier avec l’école ». Objet à haute valeur symbolique, le lutin « personne ne le perd jamais », souligne Laure. Lamine commence donc par une auto-évaluation : « je fais mes devoirs », « j’ai mon matériel », « je reste concentré pendant les cours », « je tiens un langage correct en présence des adultes », « je finis mon travail dans le temps donné »… A chaque fois, il place les signes positifs ou négatifs. Puis c’est au tour de la coordinatrice d’apposer son avis. De là naît un dialogue, une confrontation où chacun expose son point de vue. Pas facile d’accepter les « remarques ». Mais fier lorsque Madame Leon relève les points positifs. « Le tête-à-tête permet de désamorcer les conflits individuels. Mais parfois, il arrive qu’on aille marcher dehors pour calmer les esprits ».

 

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Lors d’une des dernières sorties à la Cité de l’Immigration, les cinq de l’atelier-relais de Tremblay retrouvent ceux de l’atelier de Blanc-Mesnil et la classe-relais de Stains. Première étape de la journée : l’exposition sur le football et l’immigration. Deuxième étape : une sortie au salon de la culture et du jeu mathématique. Richard Di Maschio, bénévole aux Francas, était de la partie. Amateur de football, il a épaulé les professeurs pour la visite guidée. Cet animateur apporte une aide précieuse à Laure Leon y Barella. Il intervient à Tremblay-en-France dans le domaine des jeux collectifs et des défis. Le but étant de créer une cohésion de groupe, pour que chacun apprenne à se connaître. « Et puis, le jeu ce sont aussi le respect des règles, des autres, apprendre la patience, la persévérance et l'acceptation de l'échec », précise Laure dans le blog (1) où elle décrit toutes les activités des élèves. D’autres figures adultes jouent un rôle crucial : les assistants d’éducation. A l’instar de Grégory Castro, qui lui s’occupe des 15-16 ans dans la classe-relais de Stains, sa ville natale. Pendant la visite de l’exposition, il semble même plus sévère que Michèle Larrouy, la coordinatrice. « Je ne laisse rien passer. Ils ont besoin de ce cadrage-là en permanence ». Dans le même temps, il parvient à « se mettre à la place des gamins ». « Ca ne fait pas si longtemps que je suis sorti du lycée, dit-il. Je sais ce qu’ils ressentent. J’aurais très bien pu me retrouver en classe-relais ». Il est à l’initiative d’une séance de graff, qui a permis aux six ados d’aborder la perspective et le relief sous forme ludique. « Quand ils arrivent en classe-relais, ce n’est pas parce qu’ils sont mauvais et agités. Parfois, c’est parce qu’ils sont absents et du coup ils ont des lacunes. Il y en a aussi qui sont insupportables et c’est un choix de leur part. Mais la classe-relais fonctionne s’ils en ont envie. Tout dépend d’eux. C’est difficile de les forcer et de les faire avancer s’ils ne veulent pas. Donc, on fait des compromis ».

 

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Une dernière chance avant l'exclusion

 

Les dernières semaines sont difficiles. L’élève cogite sur son retour au collège et se démotive. « Le rapport à l’autorité et à l’adulte est fragile », souligne-t-elle. Les cinq collégiens de 13 et 14 ans expliquent qu’en classe, ils se laissent entraîner par le groupe à faire des « bêtises ». Pour Jason, l’atelier est donc « la dernière chance avant d’être exclu ». Il dit avoir senti les aspects positifs d’être en groupe. Et puis, il sourit en énumérant les activités, « on a fait des sorties à la base de loisirs de Jablines, on a fait du tir à l’arc, on a aussi fait un tournoi de foot avec les autres classes-relais». « Oui, c’est vrai, affirme Kellian, on a de la chance d’être encadrés, on travaille mieux, on apprend à être concentrés et à pas s’occuper de ceux qui parlent ». La moindre parole un peu sérieuse suscite les rires. Pas grave Kellian, lui, maintient son avis. Malgré les difficultés de parcours, leurs rêves sont intacts : certains voudraient devenir architectes, médecins, d’autres footballeurs ou pilotes de chasse. Mais là, plus personne ne rigole. Les rêves, c’est du sérieux.

 

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Après ce passage par l’atelier-relais, leurs chances de rester dans le parcours classique ont augmenté. Selon une étude menée pour l’année 2007-2008, 77 % des élèves retournent dans leur établissement d’origine (60 % lorsqu’ils sortent d’une classe relais, 74% d’un atelier-relais) et ils sont 84 % à revenir encore plus fréquemment en collège. Laure Leon y Barella fait le suivi des élèves de l’atelier tous les quatre mois pour suivre leur évolution dans le collège d’origine. La coordinatrice est formelle : les prendre par petits groupes, instaurer une relation de confiance, et faire prendre conscience à l’élève de son comportement permet une resocialisation et une re-scolarisation.

 

Ixchel Delaporte

photos : I.D

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(1) http://atelier-relais-ronsard-tremblay-en-france.joueb.com/

 

 

 

 

 

 

 

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