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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 08:28

 

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Cette commune de l'Essonne possède sur son territoire deux grands ensembles de taille : la Grande Borne, quartier populaire de 3200 logements sociaux et Grigny 2, deuxième plus grande co-propropriété d'Europe avec 5000 logements. La ville la plus jeune et la plus modeste du département doit faire face à une paupérisation croissante et à recul des services publics. Reportage et témoignages.

 

 

Une cité en soi. Séparée par l'autoroute A6 du reste de la ville de Grigny (Essonne), la Grande Borne ressemble à un triangle aux contours bien définis. Construite à la fin des années 60, par l'architecte Emile Aillaud, qu'il avait lui-même baptisé la "Cité de l'Enfant", la Grande Borne possède près de 3200 logements sociaux, pour la plupart des F3 et F4, à destination des familles. Sillonner cette cité, c'est s'apercevoir de la diversité et de l'identité de chacun des ses sept quartiers aux noms précis. On passe ainsi du quartier des Radars à celui de la Peupleraie aux Enclos en passant par les Méridiens. Des immeubles n'excédant pas les cinq étages, certains forment des demi-lunes, d'autres serpentent, d'autres encore ressemblent à des cubes. Des bâtiments flambant neuf comme le Centre de vie sociale côtoient le petit centre paroissial. Par endroits, des terrains vagues en travaux rappellent qu'une rénovation urbaine est en cours. "Si vous venez ici et que vous y restez un peu, vous ne pouvez que tomber amoureux", confie Bernard Moustraire, président de l'amicale des locataires qui se situe place aux Herbes. Là, il y a une PMI ouverte et la seule pharmacie de toute la Grande-Borne. La CAF est partie "à cause des réductions de postes mais j'espère qu'ils pourront revenir". La petite Poste est fermée à cause d'une agression. Le marchand de journaux a fait faillite. La Maison de quartier a démenagé. "Et sur les trois toubibs, deux sont partis à la retraite, et une exerce au Pôle médical. Il faudrait qu'ils aient de bons équipements pour les attirer. Notre amicale se bat pour que cette place devienne un pôle médical".

 

Une forme d'enfermement

 

img 3382La ville imaginée par l'architecte Aillaud n'a plus l'allure rêvée. La ville s'est vidée de ses commerces, sa Poste est trop exigue et trop vétuste. " Aujourd'hui, on ressent de l'enfermement. Les places sont vides, un peu mortes." La Grande Borne et ses 12 000 habitants ne peuvent pas retirer d'argent : il n'y a ni banque, ni point de retrait. "Et pourtant ce n'est pas plus dangereux à l'intérieur du quartier qu'à l'extérieur", se désole Bernard. La Maison du projet qui présente l'avancée de la rénovation urbaine jouxte la petite poste aux rideaux en fer tirés. D'immenses cartes de la Grande Borne s'y déploient avec un tracé rouge traversant la cité : c'est la future ligne de bus en site propre pour desservir l'intérieur du quartier. "L'ANRU était nécessaire pour faire cette pénétrante mais on pouvait éviter certaines démolitions d'immeubles. Il y a eu 365 logements détruits mais c'est déjà trop étant donné la crise du logement actuelle. On ne pouvait se le permettre". Les écoles, nombreuses sur le quartier, permettent aux parents de maintenir un lien étroit avec des équipes pédagogiques investies. La Licorne, l'Autruche, le Buffle, le Renne, le Cerf... Yveline Le Briand a été institutrice, puis directrice de l'école du Minautore pendant trente ans. Elle est aujourd'hui élue à la ville, chargée de la promotion des droits de l'enfant et du soutien à la parentalité. Pour elle, la Grande Borne, où elle vit toujours, a beaucoup changé. "J'ai rejoint l'homme de ma vie ici en 1978, j'arrivais de ma Bretagne. Je n'avais jamais rien vu de pareil. A l'époque, il y avait un grande mixité sociale, des techniciens, des femmes de ménage, des gendarmes. C'est à partir des années 90 que les classes moyens ont commencé à quitter le quartier pour acheter ailleurs." Yveline, elle, n'a pas interrompu son travail d'accès au savoir.

 

"Un parent démissionnaire, ça n'existe pas"

 

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L'éducation, ce sont les parents qui la donne : " Je tiens à être très claire sur ce point, en trente ans, je n'ai jamais rencontré un parent démissionnaire. Cela n'existe pas. Ils n'ont pas tous les codes et les clés pour propulser les enfants dans les études mais tous les parents veulent le meilleur pour leurs enfants". Elle a perçu une perte de confiance des parents en leur capacité à éduquer leurs enfants. Ella a alors travaillé à "restaurer le lien avec les familles et à revaloriser leur image. On s'est peu à peu apérçu que les mamans avaient beosin de parler d'elles pour revenir à leurs enfants". Pour elle, la solution passe par une revalorisation de la formation des enseignants et moins de précarité dans la fonction publique : "donner les moyens aux enseignants, leur permettre de prendre du recul et laisser le temps aux élèves de devenir des élèves, au lieu de s'acharner sur les évaluations". Honoré, président de 145 Assos, un association socio-culturelle, abonde dans ce sens. Il est persuadé que l'échec scolaire et le chômage sont deux fortes raisons de la marginalisation de certains jeunes. " Le temps qu'ils passent avec nous à faire de la musique et à découvrir les métiers artistiques, c'est autant de temps qu'ils ne passent pas dans la rue. Certains sont vulnérables et peuvent très vite de laisser happer par la rue ". Pour lui, la prévention est fondamentale : "Il faudrait plus d'éducateurs et plus de médiateurs dans la Grande Borne et à Grigny 2".

 

Paupérisation grimpante et police spectacle

 

img 3379Ce qui frappe le plus l'ancienne directrice d'école, c'est la paupérisation grimpante des gens. " Je suis bénévole au Secours populaire, je pensais savoir ce qu'était la misère mais là, on atteint des sommets de précarité. Il y a de plus en plus de familles monoparentales et de travailleurs pauvres." Natasha travaille à l'association Nouvelles voies. Elle propose un accompagnement juridique et administratif au sein des centres sociaux de la ville. En un an, les dossiers de droit des étrangers et de surendettement ont littéralement explosé à la Grande Borne comme à Grigny 2. "Il suffit d'un paramètre pour que tout dégringole. Je reçois des personnes qui sont séparées et qui n'arrivent plus à payer le loyer. Puis, tout s'accumule et on arrive à des situations d'expulsions locatives." Sur les murs de l'amicale des locataires, des photos témoignent des mobilisations d'habitants contre ces expulsions jugées "injustes et inhumaines", avec une batterie de policiers venus executer les ordres du bailleur. Ce qui exaspère le plus les habitants, c'est, selon Bernard, le manque d'entretien des immeubles et l'augmentation permanente des charges. Et puis, il y a aussi la présence trop ostentatoire de la police. "Les habitants, les jeunes y compris, assistent à des assauts, de la police spectacle pour que TF1 en parle et pour que notre petit ami aux grandes oreilles se félicite de passer le Karcher. Cette police là énerve les gens, elle est contre-productive". Sandana est président de l'associationsocio-culturelle franco-indiennede Grigny. Lui aussi a vu le pouvoir d'achat des habitants de Grigny dégringoler. Ce qui fait mentir la politique du "travailler plus pur gagner plus". "Beaucoup de personnes modestes, de travailleurs avaient été sensibles en 2007 à ce slogan. Aujourd'hui, rien n'a changé ou plutôt les choses vont encore plus mal. Les gens ont vu les charges augmenter mais pas les salaires ! En ce sens, je pense que Mélenchon touche les gens. Il arrive à se mettre à leur portée. Il faut toujours expliquer et débattre".

 

Ixchel Delaporte

photos I.D

 

 

 

Une cité atypique, à échelle humaine


C'était dans les années 60. Il fallait résorber les bidonvilles de la région parisienne et bâtir de l'habitat collectif. Cette cité sera confiée à l'architecte Emile Aillaud. Influencé par l'architecture moderne des pays scandinaves, il tente d'introduire d'autres valeurs que celles dictées par les exigences fonctionnelles. Refusant la logique « effrayante » du chemin de grue, il postule pour une vision plus poétique et culturelle et recherche des solutions novatrices. La Grande Borne est une vaste cité d’habitat social de 3200 logements. Divisée en quartiers puis en secteurs d’environ 150 logements, elle conserve une unité par sa conception d’ensemble, l’emploi d’éléments et de procédés architectoniques répétitifs. Les couleurs, les fresques, les sculptures impriment une ambiance douce et enfantine. La Cité de L'Enfant, utopie construite, appartient au patrimoine architectural.

 

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