5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 22:34

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En décembre, le maire du Blanc-Mesnil décidait de porter devant la justice les dysfonctionnements du RER B. Depuis, l’édile a reçu des centaines de témoignages d’usagers révoltés. L’Humanité est allée à leur rencontre. Ils racontent le poids de ce « mal des transports » sur leur vie de tous les jours.

 

Le 7 décembre 2012, le maire (PCF) du Blanc-Mesnil, Didier Mignot, déposait une plainte contre la SNCF, la RATP et RFF (Réseau ferré de France) pour discrimination territoriale. « Les usagers blanc-mesnilois sont confrontés à des difficultés récurrentes qui peuvent entraîner perte de salaire, refus d’embauche et contribuent à compliquer la vie familiale », fait-il valoir. Horaires aléatoires, suppression répétée de trains, absence de fiabilité de la desserte, incidents techniques, les causes sont nombreuses. Et pour le maire, les responsabilités sont partagées : «La détérioration du service rendu sur la ligne B a pour origine une faute de la SNCF dans ses missions d’exploitation et d’entretien, en particulier pour la desserte du Blanc-Mesnil.» Sur le tronçon géré par la SNCF, le maire incrimine le défaut d’entretien du matériel roulant, mais aussi la réorganisation de l’entretien des rames dans les ateliers situés à Massy, appartenant à la RATP. « À seule fin d’économies, la RATP a supprimé l’entretien du matériel exécuté le week-end, dénonce-t-il. Moins entretenus et moins remplacés, le matériel roulant et les équipements fixes sont de plus en plus victimes de pannes. » Témoignages d’usagers exaspérés.

 

pn_ligne_b_rer_023.jpg« Je ne donne plus de consultation avant 10 heures»  

 

Pierre-Étienne, cinquante-cinq ans, médecin.

« Je travaille au Blanc-Mesnil depuis 1988 mais je vis à Paris, dans le 14e arrondissement. J’ai fait le choix de ne pas avoir de voiture. À la fin des années 1980, ça marchait, mais, depuis, les services se sont dégradés, lentement mais sûrement. Si je prends les horaires officiels du RER B, je mets vingt minutes pour aller de Denfert-Rochereau à Drancy. Quarante minutes de porte à porte. Ce serait le rêve ! En réalité, je mets une heure aller, une heure retour. Aujourd’hui, il n’y a plus d’horaires. Je mets la SNCF au défi de dire le contraire. Les horaires tenus, c’est devenu l’exception. Je suis médecin, et cela fait bien longtemps que je ne donne plus aucune consultation avant 10 heures. Quant au soir, c’est la Berezina ! Au lieu d’avoir quatre trains par heure, on en a deux au mieux. Parfois, on fait des réunions de collègues dans le RER puisqu’on se retrouve tous dans la même galère. À Drancy, la plupart des gens attendent, on voit passer des trains directs de Roissy, vides ! C’est rageant ! Que Drancy et Le Blanc-Mesnil soient des variables d’ajustement, c’est de la discrimination pure et simple.

Du coup, j’ai une stratégie : je reste sur la passerelle et je guette le premier train qui va à Aulnay-sous-Bois. Sauf qu’à Aulnay, c’est la zone 4, et moi j’ai un pass Navigo 3 zones. À Aulnay, je prends le direct pour Paris. Vous vous rendez compte des détours ? J’aimerais bien être contrôlé pour l’expliquer aux contrôleurs. Je paye un service, donc, pour moi, c’est la SNCF qui est en tort. Alors, quand je vois vingt contrôleurs le jour où il y a le plus de neige, je trouve ça gonflé. Au lieu de mettre des amendes, ils feraient mieux de mettre des trains ! Parfois, les messages ont de quoi rendre fou. Comme quand on nous dit «vous êtes très nombreux ce soir, veuillez prévoir dix à quinze minutes de retard». Mais l’annonce automatique qui m’énerve le plus, c’est : «Attention des trains sans arrêt circulent dans cette gare.» C’est triste à dire, mais les jours de grève, ça marche mieux.

Quand on est confrontés à ces problèmes tous les jours, ça devient une obsession. Quand je rentre chez moi, je suis fatigué. Fatigué d’attendre, souvent sous la pluie, dans le froid, des trains en retard, qui n’arrivent pas. Drancy, c’est une gare neuve, mais sans panneaux d’affichage qui fonctionnent, avec des guichets souvent fermés et sans abri. Il y a une question à laquelle la SNCF ne répond jamais : pourquoi les trains ne sont-ils pas omnibus ? Évidemment que ces problèmes de transport ont des conséquences sur la santé : vous arrivez dès le matin au travail avec une décharge d’adrénaline anormale. Combien de fois il m’est arrivé d’écrire à la SNCF et de n’avoir que des réponses automatiques ? La SNCF ne se rend pas compte qu’on est en train de fabriquer les conditions de situations violentes. »

 

pn_ligne_b_rer_018.jpg« J’ai loupé 
des partiels 
et un entretien d’embauche »

Claire, vingt-trois ans, étudiante à l’université de Saint-Denis.

« J’ai commencé à prendre le RER B quand je suis entrée à l’université à Paris, puis c’est devenu carrément l’enfer depuis quatre ans que je suis à l’université de Saint-Denis. En théorie, aller de Drancy à Saint-Denis, ça devrait être rapide, ce sont deux villes très proches. En pratique, c’est un parcours du combattant. En moyenne, je passe deux heures par jour dans les transports. Je pars le matin de la gare de Drancy à 8 h 20, puis je descends à Stade-de-France, là je prends le bus qui m’amène au métro de la ligne 13 pour enfin arriver à l’université. Je mets environ une heure… quand tout va bien ! Comme je le prends aux heures de pointe, on est compressés. Souvent, les trains affichés ne correspondent pas à ce qu’on voit. Des trains sont supprimés à la dernière minute. Il m’est arrivé d’aller frapper au carreau du conducteur pour lui demander de marquer un arrêt à Drancy. Certains conducteurs sont sympas et appellent pour avoir une autorisation de marquer l’arrêt, mais ce n’est pas possible de faire ça à chaque fois ! Il m’est arrivé de rater des partiels ou des oraux à cause du train. Et il a fallu que je renonce à un entretien d’embauche. Ce jour-là, j’ai vu passer sept ou huit trains sans qu’ils s’arrêtent à Drancy. J’ai dû appeler l’employeur et tout annuler.

Des fois, je prends le train et, ne sachant pas toujours s’il va s’arrêter, je me surprends à prier pour qu’il s’arrête et qu’il n’aille pas direct à Aulnay-sous-Bois. On doit toujours garder un pied dans le RER et un pied sur le quai pour réagir à la dernière minute. Les gens sont excédés. L’autre jour, des voyageurs ont bloqué les portes du train lorsqu’il a été annoncé que celui-ci ne s’arrêterait pas à Drancy. Ils ont fait pression pour que l’arrêt se fasse. C’est grave d’en arriver là. Il faudrait s’organiser pour peser face à la SNCF. J’apprécie beaucoup l’initiative du maire. C’est dommage que les villes ne s’unissent pas davantage. Le Bourget et Aulnay-sous-Bois sont privilégiées par rapport à nous, ils ont des trains directs pour Paris. Du coup, ils ne veulent pas que le train s’arrête à Drancy. Je trouve ça ultra-injuste. Ce qu’on demande ? Des trains omnibus ! Ça ne changerait pas grand-chose pour eux. Un des premiers achats que je ferai si j’ai des sous, c’est m’acheter une voiture. Mais mon rêve serait d’avoir des transports publics plus développés! J’aimerais faire une école de formation, mais elle est à Orsay ! C’est l’enfer. Du coup, j’hésite à la faire, à moins de déménager là-bas, mais ça me fera un loyer à payer et je ne sais pas si je peux me le permettre. Moi, j’aime Le Blanc-Mesnil et je suis en colère de devoir envisager ma vie ailleurs simplement à cause des transports.»

 

 

pn_ligne_b_rer_014.jpg« Je passe trois heures par jour dans les transports »

Simon, quarante-trois ans, professeur de physique à Orsay.

« Je vis à Aulnay-sous-Bois depuis 1994. Je travaille à Orsay et j’emprunte toute la ligne B jusqu’à la gare Le Guichet. En théorie, je mets cinquante-cinq minutes, en réalité je passe en moyenne une heure vingt, soit près de trois heures par jour, trois fois par semaine. Les motifs des retards ? Ils changent tous les jours, ça va du vol de câbles aux jets de pierres, alerte au colis piégé, rupture de caténaire, malaise voyageur. Si j’y crois ? Mais bien sûr que non, on ne croit plus à toutes ces excuses. Le lundi matin, je pars à 6 h 37. Le train est bondé. C’est l’heure de pointe, et on le sait. Pourtant, la fréquence des RER ne change pas. Les jours de grève, la circulation et le service sont meilleurs parce que les gens prennent leur voiture. Je suis enseignant et je n’ai qu’une hantise : être en retard à mes cours. J’ai en charge quatre-vingts étudiants à qui j’exige d’être ponctuels, mais si moi-même je ne peux pas respecter cette règle… Voilà cinq ans que les choses se dégradent violemment et tout le monde le ressent. J’essaie de m’informer pour comprendre la situation mais, à chaque fois que j’essaie de joindre le Stif, je n’ai pas de réponse. Les trois acteurs responsables passent leur temps à se renvoyer la balle. Le Stif estime à environ 35 % l’augmentation du trafic sur cinq ans, mais sans augmentation des trains ! Ces 35 % de passagers en plus, ils font bien des recettes, non ? Elles vont où, ces recettes ? La région a mis de l’argent pour rénover les gares, c’est bien. Mais à quoi ça nous sert si la majorité des trains sont pourris et en retard ?

La plainte déposée par le maire du Blanc-Mesnil est positive mais pourquoi tous les maires des villes concernées ne s’y associent pas ? Pour que les choses s’arrangent, il faudrait plus de trains aux heures de pointe. Le projet « B Nord + » dont ils parlent depuis des années ne réglera rien. C’est bien de prévoir un train toutes les trois minutes mais que se passera-t-il si un train tombe en panne ? Ça bloquera toute la circulation et l’impact sera le même. »

 

Entretiens réalisés par Ixchel Delaporte

photos Patrick Nussbaum

 

Un train et deux directions

Le RER B, c’est une ligne à part. Pas parce qu’elle traverse 
l’Île-de-France du nord au sud, ni parce qu’elle dessert et relie 
les aéroports d’Orly et de Roissy. Mais plutôt par son organisation : 
elle est la seule ligne à être exploitée par la SNCF, de la gare du Nord à l’aéroport, et par la RATP, de la gare du Nord à Saint-Rémy-lès-Chevreuse. C’est aussi, avec 900 000 voyageurs par jour, 
la deuxième ligne européenne la plus empruntée, après la ligne A. Sa fréquentation a augmenté de 35 % en dix ans.

 

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commentaires

AL 07/02/2013

Bonjour,

Ixchel, concernant le RER A uniquement exploité par la RATP, vous préviendrez le STIF et Wikipedia, ils n'ont pas l'air au courant.


Concernant la desserte de Drancy, c'est malheureux mais la SNCF préfère construire des lignes de TGV. Mais il parait qu'il s'est voté un plan, le Grand Paris Express qui devrait améliorer la
desserte du Bourget et d'Aulnay, dans 20 ans: http://www.ratp.fr/fr/ratp/r_33841/le-grand-paris-express/
Ne désespérez pas. ça aurait été bien que Pompidou vote pour ça, mais il préférait les voitures, voyez-vous.

Concernant les remarques du dernier commentaire, ce qu'il y a de difficile à gérer, je pense, sur un réseau de transport comme le RER, c'est, il me semble, qu'il n'y a pas beaucoup d'endroit pour
faire se dépasser les trains. Du coup, avec un train toutes les deux minutes dans les tunnels de la capitale, le réseau est saturé.
Cela dit, proposez vos idées à la SNCF et la RATP, ils en manquent peut être.

De mon point de vue, une mesure de bon sens serait peut être de se passer de prendre le RER.
Redéployer l'activité dans les quartiers.
Rénover la politique, peut être.
Acheter des mobylettes

Le champ des possibles est vaste. Mais s'il vous plait, arrêtez de vous donner des raisons de râler pour rien.

Bon allez, je vais prendre la 13, j'ai deux stations de métro à faire pour aller bosser.

Bon courage.

Bonne journée.

gojul 25/04/2013

Côté sud, ce sont les gares entre Massy Palaiseau et Orsay qui servent de variables d'ajustement, de la même manière que Drancy côté nord. Bien évidemment, à chaque fois des excuses bidon, pour masquer la fumisterie du personnel de cette ligne mais également le manque d'investissements.

Usagermasque 14/08/2013

http://www.dailymotion.com/video/x12uuy1_on-se-souvient-tous-de-la-premiere-fois_fun

liliane.lakroumù@sfr.fr 08/11/2013

Vous trouvez normal que, depuis qu'il a été instauré, des RER B qui s'arrêtent à toutes les gares il y a de plus en plus de problèmes et le matin et le soir. Pour preuve, je suis partie ce soir à 18:00, rentrée chez moi à 19:50 - De plus en plus de problèmes le matin - Plus d'horaires - manque d'informations - ça devient hallucinant et c'est cette amélioration sur cette ligne - vous vous foutez de nous ou quoi ? Maintenant, tous les jours il y a des problèmes. Quand je pense qu'il y a eu un reportage sur FRANCE 2, par rapport à ce changement sur cette ligne : je me marre ! Et nous payons plus de 100 Euros le pass Navigo pour avoir des RAM sales moins de places assises. On se fout de qui là - Merci de me lire et de me répondre : ras-le-bol :

Gilles 05/02/2014

Des statistiques alternatives à celles du STIF, sur les heures de pointes uniquement, sont produites ici, avec en éléments de preuve les alertes de la RATP : presque 3 jours sur 4 à problème en janvier...Attendons de voir février :
http://www.rerb-leblog.com/les-dysfonctionnements/janvier-2014/

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